Un jour, il faudrait songer à mettre au point une avancée chirurgicale conçue pour des mecs comme Tom Meighan. Une de celles qui l'autoriserait à chanter - le bougre n'a pas à rougir là-dessus - mais stopperait net toute autre élucubration orale. Car teaser sur une radio britannique que Velociraptor! représente ni plus ni moins "le futur" - prédictions courantes chez le meneur du groupe - a de quoi faire fuir.
Abstraction faite de cette pichenette peu avenante, force est de constater que Velociraptor! est costaud. L'album démarre sagement, avec des compositions très écrites et fluides, loin des gros tubes calibrés qui firent leur gloire (Empire, Shoot the Runer). Goodbye Kiss ressemble sans détour à un titre d'Oasis, de la mélodie nonchalante jusqu'aux cordes un peu inutiles. Même refrain sur La Fée Verte mais en mieux, tandis que l'inaugurale Let's Roll Just Like We Used To, avec ses cordes rappelant The Last Shadow Puppets et son swing fringant, frôle l'excellence.
Démarre alors un tout autre album, où les sonorités se font plus explosives voire tapageuses. Quand Kasabian se met à singer Offspring ou Muse, ça donne la désolante Velociraptor!. Un carnage. Mais quand Kasabian met à profit son énorme potentiel et prend des risques, jaillit l'époustouflante Acid Turkish Bath (Shelter From the Storm). Et que dire de Switchblade Smiles avec son beat tonitruant et son côté rentre-dedans désarticulé ? Se taire, et savourer. Mais, tantôt passable, tantôt phénoménal, claudiquant sans cesse entre expérimentations sonores et morceaux inodores, il manque un peu de constance à ce Velociraptor! pour faire croire à un futur vraiment "dévastator".
En 2009, Cymbals Eat Guitars nous en collait une bonne : 'Why There Are Mountains' ? La réponse est donnée dans le premier album du groupe : pour multiplier ses perspectives, se détruire le corps d'efforts, mais surtout pour le plaisir de les réduire en fumée. L'urgent Why There Are Mountains (2009) éclatait en pleine face, dans tous les sens possibles. Le jeune quatuor de Staten Island laissait sa griffe par un son très influencé mais non moins ébouriffant.
Lenses Alien est venu, le moment de la reconstruction aussi. Pas question de perdre du relief, non, mais canaliser l'énergie, pour éviter de s'écrouler prématurément dès l'étape du deuxième album, devient nécessaire. Sans rien perdre de sa superbe au niveau des instrumentations complexes et narratives, le quatuor a réduit son champ de vision. Et vise plus juste. La voix de Joseph d'Agostino, beau timbre désinvolte et juvénile, évite l'éparpillement. Sonic Youth rôde fréquemment, en particulier sur Keep Me Waiting et Another Tunguska. Les deux groupes sont d'ailleurs produits par John Agnello. L'ouverture Rifle Eyesight, du haut de ces huit minutes, est une brillante symbiose entre les cymbales entêtantes de Matthew Miller, un clavier discret mais bien fichu et les dévastatrices guitares, au paroxysme de leurs capacités sonore et émotionnelle. Un sommet.
Si Lenses Alien atteint l'alchimie, c'est grâce à cet équilibre, à cette constante sensation de rupture non avertie. La délicieuse nonchalance de Shore Points (sous ses faux airs de MGMT) et la vibrante énergie déployée sur Secret Familyrésument le tour de force de cet album : associer un étoffé travail de composition, fait de variations, à une brumeuse intensité rythmique. De la surgit non plus la force d'anéantissement mais la faculté de création.
Sóley Stefánsdóttir n'est pas vraiment une inconnue. A 24 ans, cette Islandaise au visage de poupée s'est faite connaître au sein du collectif Sin Fang (ex-Seabear). Et puis, le grand saut en solo, avec l'EP Theater Island (2010). A quelques jours du début de sa tournée, on l'a rencontrée dans un bar branché de Reykjavík. 30 minutes de retard, mais qu'importe : son sourire enfantin et son charme l'excusent sans mal. Sóley nous parle de ses amours musicales, de poésie et de son premier LP, We Sink, qu'elle défendra à la Flèche d'or, à Paris, vendredi 9 septembre.
Tu t'apprêtes à partir en tournée dans toute l'Europe. Comment tu te sens ?
Bien, très excitée. Je vais faire la première partie de Sin Fang avec mes propres chansons. Je joue aussi du clavier au sein de son groupe.
Pourquoi avoir décidé de mener une carrière solo en parallèle ?
Je ne l'ai pas vraiment choisi. Mon label m'a proposé de composer des chansons et six mois plus tard je sortais mon EP, Theater Island. C'est arrivé un peu par hasard.
D'où te vient ce goût de la musique ?
J'en écoute depuis l'âge de 4 ans. A 8 ans, j'ai commencé le piano et plus tard j'ai intégré une école de musique. Mais j'ai toujours été très timide. Au départ, quand je devais chanter sur certains morceaux de Sin Fang, je n'osais pas me mettre en avant, même si c'est agréable de s'entendre, oui.
Ta voix est très spéciale…
Je n'ai jamais pris de cours. D'un point de vue technique, je ne sais pas chanter ! En revanche, je n'ai jamais arrêté de jouer du piano. C'est l'instrument majeur sur l'album. Le piano est mon meilleur ami. C'est assez étrange car je me souviens qu'avant, je voulais jouer de la trompette.
Qui t'accompagne sur l'album ?
Il y a Jon Oskar qui joue de la batterie et j'ai aussi un bassiste, Simon Nykjaer, qui est Danois. Mais sur scène je ne suis qu'avec Jon. Les morceaux sonnent donc plus épurés sur scène que sur l'album. J'aime beaucoup réarranger mes morceaux, rajouter des loops, des voix, des percussions… J'essaie d'incorporer ces éléments en live même si c'est assez périlleux.
Comme beaucoup de groupes ou artistes islandais, tu choisis l'anglais pour t'exprimer.
Je n'ai pas vraiment d'explication, mais en ce qui me concerne, quand j'essaie d'écrire mes textes en islandais, quelque chose ne colle pas. Je connais trop de mots, trop d'expressions… En anglais, c'est plus simple, plus direct car mon vocabulaire est moins riche. J'ai commencé comme ça. Maintenant, ça ne me déplairait pas de composer en islandais. Je m'inspire beaucoup de la poésie, j'en écris aussi.
Cela explique peut-être pourquoi on retrouve beaucoup de métaphores dans tes textes.
Quand j'écris, des dessins animés défilent dans ma tête, des histoires un peu étranges, et les gens qui écoutent mes chansons y voient sûrement autre chose. Ca me plaît. Je ne dis pas "ça c'est comme ça". Des gens m'ont confié ce à quoi ils pensent quand ils écoutent mes chansons de l'EP, et personne ne pense à la même chose. Mais je présume que beaucoup ne comprennent rien à mes textes (rires).
C'est différent pour toi de jouer en Islande ou à l'étranger ?
C'est plus stressant en Islande, car il y a mes amis, ma famille, et tout le monde se connaît ici. En tournée à l'étranger, c'est un peu comme travailler dans un supermarché, assez mécanique. Mais j'aime ça.
La question est clichée mais est-ce que tu as des influences particulières ?
Bien sûr. Il y a cet auteur islandais, Davíð Stefánsson, aux poèmes sombres, horribles. Il guérit toutes mes pannes d'inspiration. J'écoute aussi beaucoup Joanna Newsom. Ses paroles sont excellentes, avec plein de détails. J'apprécie beaucoup tUnE-yArDs et Fleetwood Mac également.
Et Cocorosie ? Certaines de tes chansons me font penser à elles.
Oui, les chansons bizarres !
Notamment sur la fin de l'album. Le début est plus tourné vers le songwriting, ensuite ça devient beaucoup plus sombre, plus cinématographique.
Ca a été difficile d'ordonner les chansons. Quand j'ai fini l'album, je ne pouvais plus l'écouter. Je commence à l'apprécier à nouveau. Mais c'est assez terrifiant de s'entendre constamment.
Infos
- 9/09 : Soley + Sin Fang + We Were Ever Green @ Flèche d'or, Paris 20e. 20 h.
- Album We Sink (Morr Music/La Baleine) - septembre 2011.
Are You Falling in Love? est sorti en mai 2011. La précision a son importance car ces 33 minutes semblent tout droit débarquées de la fin du siècle dernier. 'Remember that night in 1993 ?', apostrophe même le chanteur sur Besides You. Un voyage dans le temps ? Pourquoi pas. Avec un son très daté et un nom de groupe animalier vraiment très original, Gold Bears n'a plus grand chose à perdre de toute façon.
Mais ne vendons pas la peau de l'ours avant de l'avoir hué : après quelques écoutes laborieuses, l'album se révèle vite familier, tel ce vieil habit démodé qu'on aimerait porter à tout jamais. Rien ne surprend chez Gold Bears. Vraiment rien. Il n'empêche que l'album, joliment, suspend le temps. Le leader Jeremy Underwood habille sa voix d'une teinte nostalgique qui n'est pas sans ranimer le romantisme élancé d'un Morrissey sur East Station Attendant. Les guitares saturées sont souvent (mal) déployées pour délivrer une gentillette pop shoegaze.
C'est comme si les quatre lurons de Gold Bears avaient entrepris de ressusciter une époque révolue, avec une pointe de mélancolie et de distraction. La candeur adolescente des délicieux Pains of Being Pure at Heart n'est pas très loin, notamment sur In This City, I'm Invincible. Il y a dans la musique de ces deux groupes quelque chose de naïf, inoffensif mais qui paraît sincère, illustré à merveille sur la ballade Besides You. Dans cette démarche un peu malhabile mais touchante, Gold Bears veut croire qu'il n'y a pas d'âge pour tomber amoureux. Il faudra un peu plus de mordant pour nous en convaincre complètement.
Avoir entre les mains la production d'un nouveau groupe est souvent source d'enthousiasme. Une fois dans les oreilles, en revanche… Ici, il s'agit de Ronnie Vanucci, le batteur des Killers qui s'associe à Taylor Milne pour former Big Talk. En dévoilant deux titres de l'album il y a quelques mois, le duo a presque réussi à nous faire croire que cette escapade, c'était du lourd. A quelques détails près.
Getaways, premier single tiré de Big Talk, est pourtant fort agréable. Parfaitement calibré pour les ondes FM estivales, le titre démontre que le choix de Vanucci d'accaparer le micro est plutôt judicieux. La ligne instrumentale est prévisible à des kilomètres, mais faisons comme si. Et No Whiskey est prenante, sous ces airs de ritournelle folk charnelle. A la Jack White, version minimaliste.
L'appréciation de l'album s'arrête là. Les éléments restants, variations plus ou moins subtiles de ces deux morceaux, n'ont pas grand intérêt. Aussi vite écoutés, aussi vite peu aimés. Sans être déplaisants, ces titres mineurs sonnent comme des tas d'autres groupes tout aussi peu captivants. The Next One Living, au couplet sensible et charmeur, se retrouve décapitée par un refrain insipide. Des bribes d'idées desservies par la production archi-classique de Joe Chicarelli (The Strokes, My Morning Jacket) et étiquetée "bande-son rock de l'été". Cessons l'écoute de ce verbiage en gardant Big Eye à l'esprit. Une belle conclusion dans la veine de No Whiskey, qui ne suffit pourtant pas à oublier l'atonie de ce Big Talk.
Ce soir, mercredi 6 juillet au Grand Rex, les Beach Boys vont dynamiter Paris au rythme de leurs imparables tubes, retraçant leur inénarrable carrière.
Est-il encore besoin de les présenter ? En tout cas, les Beach Boys, groupe mythique des sixties se présentent ce soir sur la scène du Grand Rex à Paris pour un concert événement. Culminant aux sommets des charts dans les années 1960, les Californiens n'ont pas pris une ride (allez, peut-être une seule). Incarnant l’esprit de la Californie pré-psychédélisme, pré-changements et pré-libération des mœurs, leurs chansons deviennent frénétiquement les hymnes de la jeunesse américaine, qui se reconnaît dans ce quintet détaché, jovial et festif.
La musique des Beach Boys, étroitement liée au génie de leur leader Brian Wilson, n’a cessé de s’étoffer au fil des années : le style léger de la surf music des débuts a laissé place à partir de 1965-1966 à une pop music d’envergure dont le sommet est l’album Pet Sounds. Les problèmes psychologiques de Wilson ont fait que le groupe a perdu, à la fin des années 1960, sa place d’honneur dans la musique rock internationale. Les Beach Boys ont toutefois connu des retours surprenants dans les décennies suivantes, ravivant ainsi leur image de mythe vivant.
En 1966, Pet Sounds marque LE tournant dans leur carrière. Ils goûtent aux joies du psychédélisme et changent d'apparence pour un look plus débridé. Les Etats-Unis boudent l'album dans un premier temps, mais il cartonne en Angleterre. Le célèbre membre des Beatles Paul McCartney dira de « God only knows » qu’elle est la meilleure chanson jamais enregistrée. Il déclara aussi que l'album a été une source d'inspiration pour l'enregistrement de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, sorti en 1967.
Près de dix de leurs singles occuperont les premières places du Billboard américain, depuis 1963. On n’oublie pas "Good vibrations", "Surfin’ USA" (disque d’or) "California Girls", premier morceau enregistré avec Bruce Johnston, ainsi que 25 années plus tard "Kokomo".Après le semi-échec de Pet Sounds, le titre « Good Vibrations » redore le blason des Californiens. Suivront SmileySmile (1967), WildHoney (1967), Sunflower (1970), Surf'sUp (1971), Holland (1973) et 15BigOnes (1976).
Les Beach Boys sont entrés au légendaire Rock and Roll Hall of Fame en 2001 et un 5ème Grammy Awards marque leur ultime consécration.
Et inutile de dire : "Je peux pas, j'ai plage". Le concert des Beach Boys est à ne manquer sous aucun prétexte.
Beach Boys @ Grand Rex, 1 bd Poissonnière, 75 002 Paris. Première partie : 20 heures. De 65,90 à 98,90 €. Possibilité d'acheter ses billets sur place. Ouverture des portes : 19 heures.
Rêvons un peu : et si cette décennie était celle de la discrétion ? Faisant fi des extravagances suintantes, des artistes comme Jamie XX ou James Blake ont eu la décence de faire profil bas. Pour mieux frapper leur coup. Délicatement. Mêmes origines d'outre-Manche, même label que les Londoniens de The XX (Young Turks), SBTRKT (le jeune homme se nomme Aaaron Jerome) suit une ligne d'attaque similaire pour proposer un premier album bien séduisant. Au groove imparable, ces onze titres empruntent autant au dubstep du cygne Blake qu'à l'électro cristalline de Sascha Ring aka Apparat. Hold On repose sur une boucle, une voix, un xylophone, et c'est tout. Résultat : une bombe pop formée de flopées éthérées, comme un clin d'oeil aux contrées solistes de Thom Yorke. Plus expansifs, les titres suivants oscillent entre une électro clinquante et une pop de magnificences. Corde d'appui : la voix d'Aaron Jerome, vernie d'une pureté qui n'est pas sans rappeler, parfois, l'organe d'Owen Pallett (notamment sur l'addictive Never Never). Sans inventer la poudre ni détruire le monde, le Britannique jonche des terrains déjà explorés par d'autres (le dubstep n'est pas né de la dernière pluie) mais y laisse bravement sa marque, sans rougir. Alors quoi ? Certes, ce premier LP n'atteint à aucun moment le sommet orgiaque attendu (Hold On et Never Never sont malgré tout de douces jouissances sonores). Il a au moins le mérite de ne pas nous engoncer dans un tournis d'expérimentations claustrophobe, desquelles on ressort bien plus souvent sonné qu'habité. Ne pas se fier à la consonance rustre de SBTRKT car derrière le front surgit tôt ou tard un tourbillon.