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vendredi 4 juillet 2014

Playlist mi-temps 2014 : Singles (1/2)

Petite mais efficace playlist des meilleurs titres de ce premier trimestre 2014, qui n'est pas inoubliable en termes de pépites songs qu'on fredonnera encore dans 20 ans. Pour rappel, le Instant Crush de Daft Punk feat. Julian Casablancas a balayé toute la concurrence en 2013, étant mon titre de l'année. Pas un seul morceau de cette année supplémentaire avant la mort ne lui arrive à la cheville. Mais ces dix-là sont chouettes quand même :  


#20 Jessie Ware - Tough Love


#19 How To Dress Well - Face Again



#18 Wye Oak - Shriek 



#17 Timber Timbre - Beat The Drum Slowly



#16 Metronomy - Monstrous



#15 The War On Drugs - An Ocean In Between The Waves



#14 SOHN - Lessons



#13 Sun Kil Moon - Ben's My Friend



#12 - Beyonce - XO



#11 Jamie xx - All Under One Roof Raving



(...la suite prochainement...)

mardi 17 juin 2014

Lana Del Rey - Ultraviolence (2014)




Chaque acte médiocre contribue à la médiocrité de ce monde. Et au bout d'un moment, forcément, ça finit par se voir.

En 2014, tout a été écrit sur notre époque, ses aléas et ses joies. Société surveillée, population hyper-connectée, palpitations désamorcées et j'en passe. Vivement le futur. Mais une chose à laquelle personne ne semble plus croire sérieusement, c'est la résurrection. Et c'est bien sous ce prisme crypto-biblique qu'il faut élucider une bonne fois pour toute l'affaire Del Rey.


Née Elizabeth Grant, cette Américaine de 27 ans (!) n'a plus que quelques jours pour mourir. Elle semble entamer sa septième vie mais il ne lui reste que quatre petits dodos avant de pouvoir faire partie du triste club des 27, entourées d'icônes de la pop musique qu'elle doit connaître grâce à un brief de son attaché de presse. Et Lana a bien retenu la leçon. L' (ab)batage médiatique autour de son deuxième album sous ce nom, après le très inégal Born to Die - déjà, le parfum mortel piquait le nez - n'a tourné autour que de deux éléments :


- Dan Auerbach (The Black Keys) à la production

rien de mieux que cette poudre aux yeux pour faire croire à une révolution dans le style de la pin-up désabusée. C'est raté, puisque - le Turn Blue (sorti il y a quelques semaines) des Black Keys le prouve parfaitement - Auerbach n'est plus que l'ombre de lui-même et a perdu tout espoir de figurer dans les livres d'histoire, après un saisissant El Camino (2011). Cette collaboration, que LDR décrit comme une "alchimie", un "coup de coeur quasi physique", a dû enfanter de bébés congelés mais certainement pas de tubes ensoleillés. 

- un panégyrique de la mort absolu :

"Mon album est si sombre qu'il en est presque inaudible."
"Je ne peux pas m'évader de ma vie, qui a été assez tumultueuse. Je demeure rongée par le doute, par la tristesse. Je n'aime que le flou, le vide, devant moi."

Cette banalisation du mal ferait pâlir Hannah Arendt et fait passer Heidegger pour un parolier à midinettes. Mais là où Lana Del Rey, dont la sincérité du propos n'est pas remis en cause, franchit la frontière, c'est dans la normalisation du mal-être, l'apologie de la tristesse et la bénédiction de la dépression. C'est l'une des rares, avec dernièrement Amy Winehouse - on connaît la suite - qui a usé de ces arguments-là pour en faire un argument  promo en béton. Et ça marche. Des millions de personnes se reconnaissent dans l'expression de ce désarroi. Les journalistes ont des titres rêvés pour faire vendre. Mais ces millions de gens souffrent de l'intérieur, ne sont pas multimillionnaires et ne font pas le tour du monde à la rencontre de leurs fanas. Saleté de Del Rey, maligne comme tu es, tu es née pour rester en vie. Et en baver. 


Musicalement, la cohérence avec ce qui précède est absolue. Minauderies psalmodiées, lignes de basse aussi langoureuses qu'un feuilleton des années 1970 toujours à l'antenne, rythmiques apathiques et chiantes à mourir. Cahin caha, on comptabilise pas moins de 33 occurrences du mot "love" rien que sur les sept premiers titres de cette ultra-violente description. Quant à "death", une fois, peut-être deux. La vie dure. En réalité, la diva n'est pas malheureuse et n'a pas encore envie de s'ouvrir les veines. C'est simplement qu'elle envisage l'engagement amoureux sous la prisme de la mort et de la soumission. Lana Del Rey aime son "baby" et serait prête à tout pour lui. Mais elle est triste qu'il ne l'aime plus donc -> S.A.D.N.E.S.S. Cry m4re baby <4.



Comment ne pas se reconnaître là-dedans, tellement la mise en abyme est facile autant que vulgaire ? Pourquoi l'en blâmer ? C'est une stratégie marketing comme une autre. Et ce n'est RIEN d'autre. Si l'artiste souffrait autant, elle se serait tue, car si le désespoir peut être la cause ou la conséquence d'un élan créatif, il n'est en aucun cas son moteur. On ne crée rien de bon ou de singulier lorsqu'on est triste, que cela se sache une bonne fois pour toute. 

Musicalement, Ultraviolence baigne également dans ce climat léthargique et vide de sens que ses propos. Les 14 titres semblent n'en former qu'un seul, tant l'audace, les variations et les prises de risques restent aux abonnés absents. Dommage, car son inaugual Born to Die comportait des allégresses - Off To The Races et son r'n'bisme pour les nuls mais pas raté, Born To Die et sa volupté échancrée et Video Games, grande chanson qui fera date. Del Rey est spectatrice de cette violence qui s'empare de tous les pans de la société et du corps, aucunement une victime. Il n'y a pas de hiérarchies dans la dépression, mais il ne faut pas confondre être abandonnée par son petit copain et voir son amoureux mourir devant soi. Le choc, le traumatisme et surtout le manque ressentis n'ont absolument rien de comparable. Après, tout est une question de force de caractère.

Et à ce niveau-là, Madame Grant la joue petits bras. Désastreuse sur scène, vexée par une taquinerie lors de son passage au Grand Journal, elle n'est pourtant pas avare en confidences en interview. Elle voue une grande admiration à Nina Simone - dont elle reprend l'un des titres ici -, sait bien s'entourer - Woodkid mais surtout Lou Reed, décédé trop tôt pour participer à l'opus et décédé trop tôt tout court... - et s'est mis dans la poche quasiment tous les journalistes du monde (de Pitchfork à JD Beauvallet en passant par Metro ou Magic). Il faut dire que, tétanisée à l'idée de la froisser - comme si c'était une poupée en plastique -, les interviews à son égard naviguent entre le complaisant et le tout à fait béatifiant. A quel moment Lana Del Rey a pu se sentir en danger dans cet entretien sidérant de complaisance et de logorrhée en sucre ? Même le New York Times y est allé de son portrait laudateur. On est à des années-lumière des critiques assassines dont elle était l'objet à la sortie de son premier album et qui étaient, il me semble, beaucoup moins justifiées. 

Notons que l'écrasante majorité des articles concernant la "belle-diva-aux-lèvres-refaites-ou-pas-qu'on-croirait-tout-droit-sortie-d'un-film-de-David-Lynch" (pitié, David, pitié) fait d'abord allusion à ses atouts physiques. Ensuite vient l'artistique (dans les médias les plus sérieux). Et pourtant, son propos est loin, très loin d'être inintéressant mais on est en 2014 et il faut vendre et faire rêver, pas questionner ni songer. Et Del Rey le sait mieux que quiconque. Au vu de sa gueule sur la pochette européenne de l'album, ça n'a pas l'air de la réjouir.



Ultraviolence comporte tout de même ses beaux moments : West Coast est un single imparable et foutrement efficace (oui, là on entend une nouvelle femme, on parcourt d'autres sentiers mais on retombe dans le fossé dès le morceau suivant), la sobriété d'un Old Money prend aux tripes et la reprise de Simone, The Other Woman, n'a pas à rougir de la comparaison. On s'arrêtera là. Le bilan reste anorexique sur 14 titres annoncés en grand pompe comme une métamorphose : Cruel World, Ultraviolence et Brookyn Baby font ressurgir des pulsions génocidaires. N'oublions jamais que l'irrésistible Pikachu évolue en un Raichu, quelconque et surfait. Et le prometteur bien que prématuré Born To Die a laissé place à un monstre ostentatoire et détestable. Ultraviolence n'a jamais aussi bien porté son nom, et ce n'est pas seulement le titre du dernier album ; Lana Del Rey est bien plus maligne qu'elle ne veut le laisser croire. C'est aussi et surtout une implacable et terrifiante description de l'état d'un monde, dont on a oublié la pluralité et les beautés infinies, dont Lana fait malgré tout partie.

0.1 / 10 


N.B. : Croyez-moi ou non, cet article n'est pas là pour régler des comptes ou pour aller à contre-courant de la pensée dominante qui nous annihile (sic). Mais un tel unaninisme, qu'il soit artistique ou politique, me semble assez navrant voir même dangereux. Je préfère encore avoir raison tout seul que tort avec tout le monde. Mais qu'importe. 



dimanche 23 mars 2014

Lo-Fang - Blue Film (2014)



Dans la famille des crooners-groovers-dubstepers, plus que féconde depuis quelques années, je demande le nouveau-né. Mais pas le dernier venu. Cousin éloigné de James Blake, Sampha voire même Gotye (avant que celui-ci n'ait pris l'habitude de connaître quelqu'un), Matthew Hemerlein n'a pas volé sa place dans cette cohorte que l'on pensait surpeuplée à n'en plus pouvoir. Avant de rejoindre ses pairs, ce jeune Californien a fait un détour par le Cambodge, Bali, les Etats-Unis, Londres et même Tokyo pour mettre en boîte son tout premier opus, Blue Film. Sans révolutionner le genre, Lo-Fang surprend et enthousiasme à plus d'un titre. Il y a cette voix d'abord, brumeuse et sensuelle, qui semble surgir d'une table de violoncelle ou d'une étoile polaire, utilisée subrepticement comme un instrument à part entière. Jamie Woon et son groove vocal inné ne se cache pas loin de là (évidente gémellité sur Light Year). Cette magnificence vocale (quel falsetto!) se pose au service d'arrangements minutieux, tantôt psyché, tantôt plus électroniques. Sur Look Away, la rencontre d'une boucle de synthés et d'une mélodie accrocheuse prend un tournant bien senti lorsque surgissent une ligne de guitare étincelante et un violon gracile. Cette présence de cordes est l'une des grandes habiletés de ce Blue Film : insuffler une dose de classicisme à des titres aux teintes modernes et synthétiques. La clé de voûte de l'album #88 et surtout la superbe reprise de You're The One That I Want, thème de Grease entendu ad nauseam,l'illustrent avec brio. Et beaucoup, beaucoup de classe. 

7.5/10

(4AD/Wagram)


vendredi 7 septembre 2012

Interview - Citizens! : rue-toi dessus !

La vingtaine brinquebalante et déjà prometteurs : les Citizens !, auteurs d'un valeureux concert à Rock en Seine et d'un album au titre prophétique (Here We Are, 2012), conquièrent par leurs chansons pop bien calibrées et par leur franc-parler revigorant. Rencontre avec de jeunes citoyens qui auront bientôt pignon sur rue.

 Martyn, Thom, Mike, Lawrence and Tom

Vous êtes originaires de Londres. Comment les citoyens que vous êtes ont-ils émergé ?

Assez naturellement. Tout a commencé l'an dernier avec le Printemps arabe où l'on voyait le mot « citoyen » partout. Tout le monde en parlait et ça nous a semblé pas mal pour un nom de groupe. On en a parlé à un ami avant et ça lui a fait penser aux bandes dessinées, alors on a ajouté ce point d'exclamation. Ça nous a plu.

Il y a un message politique derrière ce choix ?

On ne parle pas ouvertement de politique dans les paroles de nos chansons. C'est davantage un esprit que l'on veut faire surgir, d'où l'idée de révolution. Tout ça signifie pour nous la façon dont l'individu s'intègre et se relie à l'ensemble, la communauté. Ça soulève beaucoup de questions sur le pouvoir : qu'est-ce que c'est ? Et l'autonomie ? Et surtout, que peut-on en faire ?

Vous avez collaboré avec The Rapture pour votre album...

Oui, c'était très drôle d'ailleurs. C'est eux qui nous ont choisis, en quelque sorte. Ils ont bien accroché à notre musique. Puis on a envoyé une vidéo aux gens pour tester leurs réactions et ça a plutôt bien fonctionné. Mais ça c'est fait de manière assez simple et spontanée.

Vous considérez-vous membre de la scène musicale londonienne ?

On a d'abord eu un temps de prise de conscience qu'elle existait vraiment, avec une flopée de groupes qui a émergée : Django Django, Kindness, Breton... On essayait de faire le même genre de choses mais il n'y a pas de règles. Ces groupes ont quelque chose de similaire dans l'esprit mais pas nécessairement dans le résultat musical, au final. Quand tu dis que tu fais partie de la scène musicale londonienne, c'est assez marrant quand on y pense. Il y a quelque chose de très sain qui arrive en ce moment : on essaie tous d'être imaginatifs et créatifs. Avec une conscience de groupe, mais pas comme dans un cercle fermé où on n'autoriserait personne à entrer. Ils viennent de partout, de la pop music mais pas seulement.

Quel âge avez-vous ?

Nous avons la vingtaine (silence).

« La pop music n'est pas morte »

Vous avez signé chez Kitsuné, un label français...

Oui. Tu dis que c'est un label français mais en réalité c'est un label international, qui a la côte en Angleterre. Comment ça s'est passé ? Dès que nous avons rencontré notre staff de managers, nous avons eu plusieurs sollicitations de la part de plusieurs labels, justement. Mais Gilda, de Kitsuné, est un personnage particulier qui nous a montré qu'il pensait les choses différemment, qui nous a dit ce qu'il attendait de nous.

C'est-à-dire ?

Quand la rencontre a eu lieu, nous n'avions même pas encore de groupe ! Mais ils ont dit : « C'est pas grave, on aime vos chansons, pas besoin de nom. » Et puis : « Qui voulez-vous comme producteur ? Où souhaitez-vous l'enregistrer ? ». Ils ne nous ont pas dit comment on devait « sonner ». Ils se sont simplement fié à la qualité de nos chansons, et de fil en aiguille, imaginé une vidéo qui irait bien. C'est tellement frais d'avoir cette liberté. Et c'est au moment où tu enregistres ton album qui tu deviens vraiment celui que tu as voulu être.

Combien de temps l'enregistrement vous a-t-il pris ?

Bien plus longtemps qu'Alex (Kapranos, leader de Franz Ferdinand et producteur du groupe, ndlr) désirait au départ. Environ deux mois et demi. Et le choix d'Alex ne s'explique pas par le fait que nous apprécions son groupe. On a rencontré tellement de producteurs, et tous voulaient nous engoncer dans un processus « manufacturé », qui te dit ce que tu dois faire et penser, qui veut créer un son qui ressemble à des tas d'autres formations. On allait donc devenir un rouage de cette production de masse, conformiste. Nous ne voulions pas ça. Nous voulions notre propre truc, à nous. Alex a dit : « Venez chez moi, il n'y a pas de règles, c'est juste entre nous, peu importe votre personnalité ». Les chansons pop sont l'une des plus belles créations humaines : ce sont de petites choses qui nous unissent et qui nous font passer un chouette moment. C'est pour ça qu'on pense que la « pop music » n'est pas une appellation morte en enterrée.

Interview réalisée par Orlando Fernandes