lundi 10 décembre 2012

Top Tracks 2012 (30 -> 11)

#30 Lou Doillon - Devil or Angel
La "fille de" s'en est tellement pris dans la gueule cette année... Comme si on devait aller prier La Mecque pour s'excuser d'avoir des parents célèbres. Rétablissons le vrai : Places est un honorable album et ce titre un véritable bijou. Lou Doillon chante en anglais, mais contrairement à ses consoeurs, n'en fait pas des caisses (coucou Emilie Simon ça va ?). Succès mérité. On a pas fini d'entendre parler d'elle. 



#29 Dominique A - Par Les Lueurs
Je dois avouer que je n'ai jamais été très sensible aux escapades de Dominique A. Pourtant Par Les Lueurs est un somptueux morceau, délicat et raffiné. Rien à ajouter.



#28 Lana del Rey - Off to the Races
On a tout vu, entendu, lu sur Lana del Rey, je vais pas en rajouter. Mais tout jeter serait une erreur, car Born to Die contient une poignée de titres très réussis, et ce Off to the Races en fait partie. On y découvre une Lana bitchy, minaude, mais qui assume absolument tous ses excès. Et ce #28 n'est pas là pour supposer que le-nouveau cool-c'est-d'aimer-Lana-après-l'avoir-trashée-après-l'avoir-aimée-avant-tout-le-monde (je vous entends d'ici). 


#27 Cat Power - Ruin 
Il y a deux grands titres sur le dernier album de Cat Power : Ruin et Cherokee. Des titres brillants, produits par l'excellent Zdar, qui rappellent de quel bois se chauffe l'interprète du légendaire You Are Free (2003). Trop peu pour un retour attendu comme le messie. Ne lui en voulons pas trop : Chan Marshall annule sa tournée européenne pour problèmes de santé, mais aussi parce que la scène la tétanise, même après toutes ces années. Elle confie aussi manquer d'argent pour amortir les coûts techniques de sa tournée. C'est très triste, et son album n'est pas à la hauteur de son talent, mais Ruin, au texte cynique, met du baume au coeur, et on lui souhaite d'être heureuse, en bonne santé, et de revenir vite.  



#26 Tindersticks - The Fire of Autumn
Collectif à l'inénarrable carrière, Tindersticks est revenu en 2012 de la plus belle des manières, avec un disque pénétrant. J'aurais pu choisir n'importe quel titre de l'album, mais celui-ci a ce petit quelque chose qui me touche. 


#25 Young Man - By And By
Tout le monde ignore l'existence de Colin Caulfield et tout le monde a tort (j'en dirai un peu plus sur le bonhomme dans le top albums). Le coup de maître de By And By c'est de laisser l'impression lors d'une écoute rapide d'un classicisme, d'un manque d'inspiration, d'une terne nonchalance. Il n'en est rien. "It's my fault / and everyone knows" <3. Le titre parfait pour endurer l'hiver ou un vague à l'âme printanier. 


#24 Hannah Cohen - Boy + Angel
Dans un monde parfait, cette ex-mannequin aurait vendu des millions d'exemplaires de son Child Bride. Mais le monde étant ce qu'il est (violoncelles), il faudra patienter. D'une simplicité et d'une texture pop effarantes, Boy + Angel se cache derrière une fausse candeur pour laisser un piano se déstructurer, à la surprise générale. Un vrai coup de coeur. 


#23 Benjamin Biolay - Ne Regrette Rien
Je suis de ceux qui pensent que Benjamin Biolay est un peu surestimé. Biolay est au sommet de son art depuis 2007, alors pourquoi un intérêt soudain (depuis La Superbe) assez panurgique ? Si on l'encense autant, c'est parce que les rangs sont vides du côté des artistes masculins français. Il est quand même capable de très bonnes choses, comme ce grand morceau avec Orelsan, tiré de son dernier album en date, Vengeance. Poignant.


#22 Bat For Lashes - Laura
Si The Haunted Man est l'une de mes grandes déceptions de l'année, Laura reste d'un romantisme fou. Natasha choisit l'épure et l'émotion valeureuses. Et le clip est sublime. 


#21 Jonathan Boulet - Hallowed Hag
Encore un artiste injustement passé inaperçu. Et pourtant, que son album est bon ! Une myriade de tubes instantanés, des bombes estivales savamment calibrées et foutraques. Admirez la précision rythmique et les variations sur Hallowed Hag, à couper le souffle. 




#20 Yeti Lane - Dead Tired
On rentre dans les très gros dossiers là. Genre les titres de 2012 qui auraient très bien pu être ceux de 2003 ou 1912. Le duo Yeti Lane a pondu l'un des gros oeufs de l'année, et ce titre est le meilleur sorti par un groupe français. Atmosphérique, Dead Tired rappelle les grands moments de Cyann & Ben en plus rocailleux. TERRIBLE. 


#19 David Byrne & St. Vincent - I Am An Ape
Ah, le retour en force du jazz dans la musique indé... Etrange phénomène. Sauf qu'ici, c'est le retour de l'indé dans la musique jazz. On connait la valeur intrinsèque de Byrne et Clark. Mis ensemble, ça dépôte. Si Love This Giant est l'album le plus classe de l'année, I Am An Ape (An Ape = unhappy ?) est un putain de bonbon swingant sur la langue. Et vu la gueule de St. Vincent sur la pochette, elle ne l'a pas encore avalé. 


#18 Sufjan Stevens - Christmas Unicorn 
Je vais mettre les choses au clair. Ce n'est pas son meilleur titre, loin s'en faut. S'il n'était pas signé par lui, je ne l'aurais probablement jamais écouté. Et d'ailleurs, du Sufjan #18 c'est pas franchement une bonne nouvelle, de ma part. Car Stevens n'avance plus, et son Silver & Gold, qui m'a longtemps excité, me laisse un goût amer. Sufjan est une grande personne, je lui voue une admiration sans faille, mais il stagne. Comme Impossible Souls mais sans lui arriver à la cheville, Christmas Unicorn s'étale, s'étale, se répète puis s'en tire bien : la première moitié du morceau n'est franchement pas intéressante. Ca s'arrange après, avec la reprise Love Will Tear Us Apart de Joy Division (fallait le faire !).  
En fait je crains que le bonhomme devienne sa propre caricature. C'est la première fois que Sufjan me déçoit, mais ce titre, à l'image de ses albums de Noël, n'est pas à la hauteur. Peut-être que c'est le fait de ne pas aimer Noël qui me fait dire ça, mais il est capable de tellement, tellement mieux. Planetarium, ça c'est de la création, de l'ambition, de l'art ! Pas des coffrets vinyles vendus à 200 euros, avec plein de gadgets inutiles dedans, pas une putain d'apologie de Dieu en chansons, mec ! Je serai quand même le premier à aller voir son spectacle en 2013, s'il daigne s'arrêter en Europe. J'ai même pas le goût de mettre le lien YouTube du titre. De toute façon les licornes n'existent pas. 

#17 Radiohead - Ful Stop
J'ai bientôt plus de superlatifs dans le vocabulaire là. Mais ça va le faire. Car avec Radiohead j'ai pas besoin de parler. Et cet inédit joué sur scène est très bon. 


#16 Sigur Rós - Varúð
Ceux qui n'aiment pas les chansons des Islandais n'aimeront pas ce titre. Ceux qui les suivent de près l'adoreront. C'est parfois con la musique. Choisissez votre camp.  

 

#15 Beach House - Lazuli 
Le classement est dérisoire. Lazuli est le meilleur titre de Beach House tous albums confondus, et venant d'un groupe qui n'a quasiment aucune chanson faible à son actif, c'est fort. Le break vers 2'35 est sûrement mon moment sonore préféré de l'année.


#14 Perfume Genius - Dark Parts
Ca aurait pu être Hood, All Waters ou Put Your Back N2 It. Mais je voulais éviter de choisir un titre trop triste, de crainte d'être taxé de dépressif sous Lexomil. A écouter sous la pluie ou dans le noir au casque pour parfaire le cliché. 


#13 Cheek Mountain Thief - Cheek Mountain
Par conscience blogoprofessionnelle, je me dois de vous dire que Mike Lindsay, le leader de Cheek Mountain Thief, est un pote avec qui je prenais des cours d'islandais à Reykjavik. Mais quand il m'a dit qu'il faisait de la musique, j'étais loin de m'imaginer qu'il faisait cette musique. Si l'influence d'Arcade Fire (à leur meilleur, c'est à dire long time ago) et des morceaux choraux de Fleet Foxes est palpable, Cheek Mountain reste une pièce d'orfèvre authentique. Le titre folk par excellence. 


#12 Animal Collective - Today's Supernatural  
Comme hanté par les flammes, Avey Tare ici brille par son chant foutraque, désespéré, qui sonne tel un beau bordel bien tenu. La rythmique n'en demeure pas moins addictive, très dansante et cathartique. Le passage à quatre temps au milieu du titre lui redonne un souffle inédit. Peut-être le plus "AnCo signature" de ce Centipede Hz. LÈLLÈLÈLLÈ GO !


#11 Lower Dens - Brains 
Attention tempête. Une constante tension règne sur cette course frénétique et lunaire. Là encore, comme sur le Beach House, la rupture à 1'45 est tellement bien amenée, tellement belle, qu'elle laisse entrevoir mille entrées pour se laisser poigner par Brains.

 
    

dimanche 9 décembre 2012

Top Tracks 2012 (50 -> 31)


Le bilan de l'année en musique continue. Une seule règle pour ce top objectivement très subjectif : un seul titre par album sorti cette année (des exceptions avec deux inédits joués uniquement en live). 

#50 Beth Jeans Houghton - Atlas



#49 Django Django - Waveforms



#48 Holy Other - Held



#47 Melody's Echo Chamber - Crystallized



#46 Jason Lytle - Last Problem of The Alps



#45 Para One - When The Night 


#44 Rihanna - Diamonds (#guiltypleasure)



#43 Why? - Sod in the Seed



#42 Peter Broderick - It Starts Hear



#41 Breton - Jostle




#40 Sharon Van Etten - Give Out



#39 Fiona Apple - Every Single Night 



#38 The xx - Missing



#37 Gonjasufi - Nikels and Dimes



#36 Light Asylum - Heart of Dust



#35 Solange - Losing You 



#34 Chairlift - Ghost Tonight



#33 Sébastien Tellier - Russian Attractions



#32 Spiritualized - Hey Jane



#31 Chromatics - Lady



vendredi 7 décembre 2012

Top Concerts 2012 (5 -> 1)


#5 Grandaddy @ Rock en Seine, Paris 

Plénitude, c'est bien le sentiment qui prévaut lorsque les Californiens reviennent pour limer leurs outils sur la scène de l'Industrie. L'attente fut longue. Six ans après leur séparation, la tournée de reformation de Grandaddy touche à l'inespéré. Le concert ne tient pas de l'événement, il vire en trois minutes pliées à l'historique. Sans concession, son brouillard plus que brouillon, instrumentations féroces, Jason Lytle et sa troupe sont au sommet de leur art. Le meilleur moment du show fut celui qui marqua la fin de celui-ci. Car une fois le silence revenu, les chansons des Californiens résonnent encore très fort dans nos têtes. Le sourire béat ne nous lâchera pas, et l'envie de les revoir non plus. Grandaddy a enlevé lui-même le rocher sous lequel il se cachait depuis tant d'années. Il en a fait une formidable comète qui s'envole très loin, partant à la découverte d'une constellation. Armstrong a marché sur la Lune, mais Jason Lytle a fait un little pas de plus : il a eu le courage de revenir au lieu de nous laisser orphelins. He's simple, he's dumb, he's the pilot : la messe est dite, le titre tire les larmes et les funérailles pilotées par Grandaddy sont une communion de vie pour tout ce qui a trait à ce monde cruel, mais quel beau monde quand même.




#4 Grizzly Bear @ Ancienne Belgique, Bruxelles

Qu'il semble loin le temps où Grizzly Bear tournait en tant qu'opening band auprès de Radiohead. Une expérience salvatrice, enrichissante, à n'en pas douter. Mais les Américains ont aussi su tirer partie de leurs aînés : comme ces derniers, ils réussissent à faire de leurs prestations des moments de vie. Celui qui a fait trembler notre coeur n'est autre que Daniel Rossen. Chanteur à la voix unique, guitariste hors pair, le petit koala de la bande a failli tout faire capoter ce soir-là. D'une humeur massacrante en début de set, Rossen fait la gueule et on ne voit que ça. Se dirigeant à plusieurs reprises vers son ampli, Daniel Rossen enchaîne les titres sans y croire. Speak in Rounds en ouverture est d'ailleurs méchamment expédiée. Mais voilà, l'alchimie d'un groupe repose aussi sur un savant équilibre. Et pour cela, on peut compter sur Christopher Bear, époustouflant à la batterie, et surtout Ed Droste, absolument fantastique de bout en bout. L'autre vocaliste de la bande réalise un concert parfait, délivre une énergie communicative, une intensité phénoménale et ses lignes de chant donneraient le frisson à une momie. Le groupe interagit très peu, chacun restant à sa place tandis que Chris Taylor paraît en retrait et qu'on se demande toujours quelle mouche a pu bien piquer Daniel. Mais les Grizzly Bear sont immenses et ils comptent bien le faire savoir. Avec le morceau final, All We Ask, joué en version acoustique. Il aura fallu les derniers instants pour voir le groupe se rapprocher, être en totale communion avec eux-mêmes, et encore une fois, Daniel Rossen prouve qu'il est l'un des meilleurs interprètes des années 2000.


#3 Sigur Ros @ Le Bikini, Toulouse


Les inénarrables Islandais n'ont pas simplement fait tourbillonner leur monde, non. Ils ont surpris le monde, dans une salle où il n'a jamais été aussi éprouvant de tenir sur ses jambes, tant la chaleur était épouvantable. En grand fan que je suis, je m'attendais naïvement à un concert vérécondieux, où leur plus récente création, Valtari, aurait la part belle. Il n'en fut rien. Sigur Rós a privilégié la démonstration de force, le spectacle transi et émotionnellement grandiose.  Jónsi et les siens ont décidé de frapper un grand coup, en livrant quasiment tous leurs meilleurs titres en live. I Gaer, Saeglopur, Festival, Hoppipolla, Hafsol... Excusez du peu. Sigur Rós a eu la très bonne idée de se parer d'un petit orchestre de cuivres, ce qui donne à leurs compositions de verre une substance de fer. Et que dire de la désormais classique mais toujours aussi "claque-dans-ta-facesque" Popplagið ? Rien. Se taire et s'en prendre plein la vue, plein la face, plein face. Les Islandais ont offert un vrai pied de nez à tous ceux qui les croyaient encore mous, ennuyeux, larmoyants et chiants. Concert best of d'une magnitude indétectable, les petits elfes d'Islande auront livré une immense, icebergienne performance.


#2 Sufjan Stevens @ Salle Pleyel, Paris


Sufjan Stevens (chant, claviers bidouillis), Bryce Dessner (guitare électrique) et Nico Mulhy (piano, claviers), donc. Plus un orchestre paré de trois violons et un violoncelliste (Navarra String Quartet), un batteur (James McAlister), sept cuivres (New Trombone Collective). La scène, spacieuse et généreuse, se voit surplombée par une immense masse sphérique représentant chaque astre narré par les trois compères. Un récital. Le son est irréprochable de bout en bout. Comme si une symphonie beethovienne nous était jouée aux portes de Mars. Ce qui frappe et sidère, c'est la légèreté avec laquelle Mulhy, Dessner et Stevens soulèvent les planètes. Entre la précision du second, la discrétion du premier et la perfection du poucet, une incroyable impression d'apesanteur s'abat sur la salle Pleyel. Nul doute qu'au-delà des chansons (il ne s'agit après tout que de cela), le concept autour de Planetarium a dû susciter bien des interrogations. L'idée est stevensienne. Ce projet, c'est son bébé. On suit les yeux fermés ces Armstrong, Aldrin et Collins du XXIe siècle. Le vaisseau est large, et la route est encore longue dans cette mission Appolo 2012.


Jupiter, « the king of planets », lance définitivement le spectacle étoilé. Lumineuse, puissante et déterminée, la grosse pomme d'une dizaine de minutes est tout bonnement exceptionnelle. Chaque instrument est judicieusement en place et raffiné. Les cordes du violon se frottent à la coulisse du trombone pour provoquer un bing bang émotionnel. C'est beau, mais c'est surtout très haut. La prise de risque, invisible, est pourtant à son maximum. Les dissonances dans les apocopes flirtent avec la pureté des voix, des mondes que l'on traverse sans trop se poser de questions. Il y a une grâce infinie qui propulse le concert dans une dimension stratosphérique. Venu clore un set époustouflant avant le rappel, Mercury est inénarrable. Ainsi, la moindre tentative de critique serait vaine et caduque. Le silence est parfois le meilleur moyen d'exprimer ce que l'on ressent.


#1 Radiohead @ Les Arênes, Nîmes



Il s'agit aussi du premier concert en France du quintet d'Oxford depuis quatre ans. Les places s'étant vendues comme des petits lingots d'or (en quelques minutes seulement, à des prix onéreux), c'est un euphémisme de dire que le retour de Radiohead était très attendu. Comment ont-ils vécu le deuil ? Car c'est dans ces tristes conditions que Radiohead réapparaît. Le groupe a dû annuler plusieurs dates, dont son show à Berlin, mais pour rien au monde les Britanniques n'auraient fait l'impasse sur les Arènes. Un cadre idyllique, un décorum antique et un son supersonique. Que demander de plus ? Radiohead est un groupe monstrueux, qui ne fait jamais les choses à moitié. Capable du meilleur (le triumvirat OK Computer, Kid A et Amnesiac est sûrement le plus osé et grandiose de l'histoire de la musique moderne) comme du moins bon (le contesté The King of Limbs). Parfois hué pour des albums soit sporadiques, soit trop travaillés, Radiohead montre très vite qu'il va souvent là où on ne l'attend pas en concert. Que dire par exemple de l'enchaînement Pyramid Song / Nude ? La première est sans doute aucun le morceau le plus tristement beau du groupe et il suffit d'écouter l'énorme ovation reçue par le groupe à la fin de la seconde sur le chant cristallin de Thom Yorke, mis à nu.


Une pause. Alors que l'on s'attend à un rappel conformiste et tranquille, débarque de nulle part l'hallucinante Treefingers, jouée pour la première fois sur cette tournée The King of Limbs. Les Américains savent désormais ce que nous avons de plus qu'eux. La version de Videotape, quelque peu trop classiciste sur In Rainbows, atteint ici une pure émotion, sobre et parcimonieuse. Même topo avec Weird Fishes/Arpeggi (on regrettera à jamais l'orchestre présent lors de la première interprétation du morceau en 2006 au Ether Festival), bombastique et fiévreuse, comme toujours. Et puis ? La sidérante Ful Stop, dernier inédit en date, qui, pour résumer, glace la couche d'ozone. Cette pépite prouve à elle-seule que le meilleur de Radiohead est peut-être encore à venir. 


jeudi 6 décembre 2012

Top Concerts 2012 (15 -> 6)

La review de concert est un genre de plus en plus délaissé par la presse spécialisée. Allez savoir pourquoi. Disons que, à l'instar des photographes qui shootent les artistes lors des trois premières chansons et puis s'en vont, les journalistes musicaux ne vont que très peu aux concerts, ou n'y vont pas pour les raisons qu'on croit. D'une part car les invitations se font plus rares et sélectives, et débourser 30 euros ou plus de sa propre poche, très peu pour eux. D'autre part, et il s'agit d'une dérive de la presse culturelle, l'objectif n'est plus de retranscrire des sensations, de jauger de la qualité d'un artiste sur scène, mais bel et bien de promouvoir. On ne raconte plus une prestation, on l'annonce. Le profit doit être immédiat. Fait : ni Magic, ni Les Inrocks (très peu dans le magazine, un peu plus sur le site), ni Pitchfork, ni tant d'autres publications spécialisées ou webzines ne consacrent des paragraphes à pareil exercice. En revanche, les encarts publicitaires sur les shows à venir, les agendas mis à jour de façon chirurgicale, ne manquent pas. On peut toujours le regretter, mais il semble que ce qui est à venir ne déroge pas à la règle : concerts de plus en plus courts, groupes qui tournent de plus en plus, industrialisation des festivals, etc. Bref, j'en ai quand même vu quelques-uns. Et des bons. 


#15 Prince Rama @ Le Grand Mix, Tourcoing


Peut-être le concert le plus étrange auquel j'ai pu assister. Faut dire que voir Taraka Larson débouler sur scène vêtue d'un immense voile blanc et se jeter dans la fosse telle une folle à lier, comme guidée par je-ne-sais-quel putain de commandement biblique, ça fout les jetons. Après cette mise en appétit stupéfiante de discrétion, Taraka et sa soeur, la bombastique Nimai Larson, emballent tout le public dans leur délire. Véritablement habitées, elles explusent une énergie revigorante, tellement séductrice qu'on se prend au jeu. Les Prince Rama n'ont même pas peur de trop en faire : elles ne se fixent aucune limite. Si, musicalement, leurs morceaux varient entre pétaraderie psychédélique et combo tribal organique safari à Tourcoing city, leur engagement scénique et leur fureur communicative font forte impression. Rarement une première partie aura autant donnée de sa personne tout en donnant l'impression que la fin de tout n'est plus une grossière fumisterie. 




#14 Black Keys @ Rock en Seine, Paris


A trop en attendre, on finit par être désappointé. Black Keys, c'est un peu les effets secondaires d'une cuite mémorable. Tout va bien, tout est réuni pour passer un bon moment, sauf qu'il manque un truc. Ce truc = le moment inattendu, imprévisible. Qu'on ne s'y méprenne pas, car la performance fut grande. Alignant les tubes, Dan Auerbach (guitare, voix) et le batteur Patrick Carney se livrent à fond, le public suit la danse, sans grande difficulté. Ils ont pour eux l'acclamé El Camino (2011), mais bien vite l'on prend conscience que les plus fouillés, les plus ténébreux et les plus rêches sont les morceaux issus de leurs précédents albums. Bien sûr que Lonely Boy ou l'exceptionnelle Little Black Submarinesfont mouche, mais à force de vouloir imposer le tempo, les Black Keys réduisent frénétiquement la durée de leurs titres en live, à tel point que certains dépassent douloureusement les 120 secondes. Résultat : un horrible faux rythme, une folie qui tombe à plat entre chaque chanson. Au final, le concert s'oublie aussi vite qu'il se termine (une heure dix seulement). Mais la dureté du jugement d'un excellent concert corrobore l'immense talent d'un groupe exaltant.


#13 Perfume Genius @ Divan du Monde, Paris



Là encore, légère déception. Car Mike Hadreas a livré, avec Put Your Back N2 It, l'un des albums les plus éblouissants de l'année, qu'on écoute encore aujourd'hui avec délectation. Mais la scène et le studio étant deux mondes bien distincts, Perfume Genius apparaît tantôt tétanisé, tantôt au bord des larmes, comme un enfant de 3 ans qui ne veut pas lâcher le bras de sa maman lors de la rentrée des maternelles. Le spectateur se sent du coup gêné, comme catapulté dans l'intimité d'un artiste sans rien demander. Mais bien souvent, il parvient à dépasser ce trop plein d'émotions (regardez son magnifique Concert à emporter filmé par La Blogothèque) pour dévoiler une sincérité très humaine. Mention spéciale à Dark Parts et Hood, somptueuses. A n'en pas douter l'un des grands artistes de demain.


#12 Chromatics @ Gaîté Lyrique, Paris


Petite mesure de précaution : déclarer à qui veut l'entendre sur Twitter que ce concert de Chromatics était réellement bon vous vaudra : A) des insultes B) des "t'étais bourré ?" C) des décrédibilisations ineptes sur votre capacité de jugement D) les trois réunis. Je n'en démords pas, les Chromatics, emmenés par la divine Ruth Radelet, ont quelque chose qu'aucun groupe touche, ni de près ni de loin. Un certain sens de la classe, une modération distinguée, mais surtout un énorme potentiel. Basses, batterie, guitares réunies, auquel on ajoute un chant de velours, pas besoin d'en faire des caisses pour hypnotiser l'audience. Si leur album contient des longueurs, le live ne dure même pas une heure. Mais quoi de mieux pour appâter, pour se donner une bonne raison de les revoir (vus également au Pitchfork, tout aussi bon, le public respectueux en moins) que de ne révéler que des soubresauts de talent inespéré ? Italiens Do It Better, surtout quand ils viennent de Portland.


#11 Villagers @ Ancienne Belgique, Bruxelles


Villagers a toujours été un groupe sympathique qu'on se plaît à écouter et à voir. Parmi tant d'autres. Cette époque est désormais révolue. Les Irlandais vont désormais viser beaucoup plus haut, frapper beaucoup plus fort. Comme régénérés par le fait d'ouvrir pour Grizzly Bear, Conor et les siens furent une première partie inespérée, quasi parfaite. L'ampleur rythmique apportée aux morceaux est très louable. Becoming A Jackal suivie de la pépite Nothing Arrived ont donné le ton de cette partition irréprochable. Villagers ne vont pas tarder à prouver qu'il faudra désormais compter sur eux, car Awayland, leur nouvel album sort début janvier et s'annonce sismique. Petit avant goût à écouter ici. Bonus : croiser les Villagers totalement éméchés à 5 heures du petit matin dans les rues de Bruxelles est assez exquis. Saint Patrick, everytime, everywhere



#10 Beach House @ Rock en Seine, Paris


Après 4 concerts de la paire de Baltimore auxquels j'ai assisté par le passé, celui-ci aura raison de moi. Une seule raison à cela : Bloom, leur fantastique album sorti cette année. Sur scène, le son nappé, les poses de Victoria Legrand, les envolées chahutées d'Alex Scally... Tout y est. Par rapport à leurs autres prestations, le cadre adéquat (en extérieur et en hauteur, le son pulvérise le soleil couchant) sied bien aux effluves amoureuses qui font palpiter nos cœurs. Le son se fait puissant, parfois agressif, et l'allure des trois compères (Daniel Franz s'ajoute à la batterie) sur scène confinent à la classe absolue. A de rares occasions, Legrand pousse un peu fort sur la voix et la batterie se montre trop envahissante. Mais l'alchimie est inaltérable. Victoria, fume tant que tu voudras, ta voix est de plus en plus belle, et ta crinière tellement romanesque. Voilà, grand concert. Marquant même, puisque le meilleur titre du groupe tout albums confondus est également fracassant sur scène. Tel un papillon nocturne éclairant la constellation de l'indie, Lazuli se pose là, tout bas, au sublime fracas.


#9 Benjamin Biolay @ La Cigale, Paris


Benjamin Biolay est un artiste à part. Sans aucun concurrent dans la longue famille de la chanson française (Dominique A, peut-être), le Rhônais a signé un superbe album il y a trois ans. Dithyrambes de toutes parts. Son Trash Yéyé paru en 2007 aurait pourtant dû nous mettre la puce à l'oreille : tôt ou tard, son génie allait être reconnu. Il le fut. Et ce concert fût ô combien attendu, le seul de 2012 de Biolay, venu présenter son remarquable Vengeance. La prestation fut à la hauteur des espérances. Accompagnés de quelques musiciens assez statiques, Biolay va et va vient sur la scène, tantôt avec une clope au bec, tantôt avec un verre de vin, au rythme de ses tourments. Bien que court, le concert atteint des sommets d'intensité assez stupéfiants : sur Los Angeles, sur Marlène Déconne, sur ce poignant duo avec Orelsan (voir la vidéo) et ce couple déchiré avec Jeanne Cherhal sur la phénoménale Brandt Rhapsodie. Le tout Paris était là, mais le public a salué l'artiste comme il se doit. A ne pas rater en 2013. 




#8 Metronomy @ Pont du Gard, Vers

J'ai pas vraiment envie de raconter là. Bisous. 


#7 Animal Collective @ Le Grand Mix, Tourcoing


Animal Collective a changé. Le groupe a pris de la bouteille, n'a plus grand chose à apprendre de ses pairs et surtout se fiche bien de plaire ou non. A Tourcoing, on les retrouve dans une petite salle bien foutue et un son quasi irréprochable en plus. Tandis qu'il fallait prier les cieux pour avoir droit à un morceau tiré de leurs albums il y a quatre ans (et encore, dans une version totalement retravaillée), David et les siens interprètent quasi intégralement les pièces de Centipede Hz, qui trouvent une régénérescence assez stupéfiante en live. Chaque membre demeure concentré sur son élément, interagit peu avec le public, moins par snobisme que par réelle imprégnation et souci de bien faire. Animal Collective est maître dans l'art de la transition, n'interrompant que rarement les titres, préférant laisser une note au diapason et bidouiller leurs instruments. Les temps morts ? Il n'y en a pas. Le groupe parvient à créer une osmose, à captiver une audience archi-conquise, car ils aiment la musique et surtout la respectent. 
Le clou du spectacle restera l'enchaînement Brothersport / Peacebone. Dotés d'une exceptionnelle rythmique, ces deux morceaux sont absolument gargantuesques. Le public, en totale transe, s'oublie, tant l'évidence est palpable : Animal Collective a eu ses hauts et ses bas mais fait figure de groupe précurseur, radical, total. Les souliers étaient, au départ, collés au sol par la bière renversée. Ils sont, désormais, glissants à cause de toute la sueur déversée. Pourquoi attendre l'aube pour s'enivrer dans un swing endiablé ?


#6 A Silver Mt. Zion @ La Maroquinerie, Paris 

Bon, soyons francos : le nouvel album de Godspeed You! Black Emperor après une décennie d'absence, aussi puissant soit-il, n'est pas un chef d'œuvre. Les deux derniers de Silver Mt. Zion, aussi remarquables soient-ils, ne sont pas essentiels à la survie. Les deux formations, dont les membres swinguent entre les deux, ont peut-être fait leur temps. E.R.R.E.U.R. GY!BE à la Villette en 2011 était... ailleurs. D'un hermétisme sans précédent, le groupe s'est bien rattrapé au Bikini de Toulouse, où le concert fut mémorable. Les Silver Mt. Zion, vus à Prague en 2008, étaient extraordinaires. Bis repetita à Paris, pour fêter les 15 ans du label canadien Constellation. Sur une scène très réduite pour leur collectif, les Montréalais ont tout détruit. Même si Efrim Menuck a dû regretter de demander à l'auditoire de lui poser toutes les questions qu'il souhaitait ("Qu'est-ce que tu penses du conflit israélo-palestinien ?", "Tu crois en Dieu, Efrim ?", "Hey Efrim, pourquoi t'es triste quand tu joues avec Godspeed ?"), ce petit jeu de Q/R a au moins eu le mérite de détendre l'atmosphère. Car un concert de Silver Mt. Zion n'est pas vraiment un concert. C'est plus que ça. Peu importe les titres interprétés, le groupe met un plaisir quasi sadique à transcender ses morceaux pour en faire de véritables ouragans. Et écrire sur un ouragan, c'est aussi le risque de finir noyé, de peur de pas avoir su anticiper sa portée... Y'a rien à dire en fait, allez-y !