vendredi 11 mars 2011

Owen Pallett, l'interview

De passage à Paris pour un concert au Café de la Danse, Owen Pallett nous livre ces sentiments sur les artistes du moment, ses nouveaux projets, Arcade Fire et le fait d'en avoir une grosse (ou pas). 

Récemment vous déclariez sur Twitter que Paris vous rendait gros…

On a dîné dans un restaurant très cher. J'essayais d'économiser mon argent, en vain ! Il y avait des plats à base de champignons, de la nourriture végétarienne. Je ne suis pas végétarien mais je cuisine ce genre de plats à la maison. Je préfère dire "la nourriture végétarienne est délicieuse" plutôt que "tuer des animaux est un meurtre !". 

Qu'avez-vous fait depuis votre dernier album, Heartland, sorti en 2010 ?

J'ai réalisé un nouvel EP, A Swedish Love Story (2010). Maintenant je travaille sur un projet audiovisuel. J'ai essayé de me détendre après un an et demi de tournée sans break. Je ne peux en dire plus sur le projet. C'est un film artistique, très beau, extrêmement beau, par un ami réalisateur qui n'est pas connu. 

Jouez-vous toujours avec Arcade Fire ? On vous a vus l'an passé au Madison Square Garden à New York…

Je joue avec eux le plus souvent possible mais c'est devenu un grand groupe, il faut s'organiser en amont. Ils me manquent, c'est mon groupe préféré. Malheureusement, ça n'a pas très bien fonctionné cette année. 
Que pensez-vous de leur évolution et de leur Grammy Award ?

Je connais beaucoup de groupes qui passent du statut de compositeur à une véritable industrie, un business. C'est très difficile, la gestion des sentiments, les égos… Beaucoup de groupes ne savent pas gérer ça. Ce n'est pas le cas d'Arcade Fire. Ils n'ont jamais été dépendant de la demande, des ventes d'albums. Les gens veulent les voir, donc ils font le Madison Square Garden. Je suis extrêmement fier d'eux. Ils aiment la musique et veulent simplement faire de la belle musique. On s'envoie des emails avec Win (Butler) qui a été très présent au niveau personnel. Quand je suis inquiet sur ma musique, il est là pour m'encourager. Il m'ont toujours supporté et respecté. Mais je ne veux pas jouer le rôle du papa.

Vous avez collaboré avec Last Shadow Puppets et Beirut. Comment ça s'est passé ?

Avec Last Shadow Puppets, c'était une relation très distante. Alex Turner est venu chez moi et m'a dit ce qu'il voulait. Il m'a demandé de jouer avec lui sur scène, mais mon planning ne me le permettait pas. 
Avec Beirut, nous sommes allés à Montréal. The Flying Clup Cup est un très bon album, assez fantastique. C'était drôle, j'ai préparé un dîner pour eux. Ils sont allés au bar, moi au lit, et lorsque je me suis réveillé, je bossais avec eux. 
Chris Taylor (Grizzly Bear) était supposé travailler avec moi sur Heartland, mais il était en pleine préparation de Veckatimest et les membres du groupes étaient assez nerveux à l'idée qu'il se concentre sur un autre projet. Ensuite je suis allé enregistrer mon album en Islande.

Pourquoi là-bas ?

J'étais allé à un festival là-bas, et le studio était splendide. J'ai tout de suite su que c'était un endroit adapté pour l'enregistrement. 

Vous connaissez James Blake ?

Pas personnellement. Je l'ai vu sur YouTube, on utilise le même clavier. Il jouait exactement comme j'aime jouer. Et je me suis dit "Mais c'est qui ce mec ? Il me plaît !". J'aime beaucoup ses EP's et son dernier disque mais je sens que son nouvel album va juste détruire le monde. Il a le potentiel pour. Il est si jeune, c'est impressionnant. 

Votre père est musicien. Il vous inspire ?

Beaucoup. Il était membre d'une Eglise et faisait de la musique classique. Il a 73 ans, vit au nord du Québec. Chaque jour, je me réveillais avec lui jouant de l'orgue. 90 % de ce que j'écoute provient de la musique classique. A 9 ans, j'écoutais beaucoup de rap, ensuite je suis revenu aux fondamentaux.     

La mutation de Final Fantasy en Owen Pallett a t-elle eu des répercussions sur votre musique ? Elle semble moins exclusive, exigeante…

J'essaie toujours de faire de la musique différente sur chacun de mes albums. Heartland est un disque pop. Quand tu vas dans un bar, tu te dis "Mais qu'est-ce que c'est que ça ?". Ca me va. Je voulais que l'auditeur puisse écouter ça dans sa voiture ou sur un jukebox. L'album a touché plus de gens, oui, mais je ne veux pas devenir un groupe comme The National, avec un gros staff. J'espère que mes prochaines productions vont être plus étranges, absconses. 

Donc vous pensez au nouvel album…

Bien sûr mais pour l'instant je me focalise sur mon projet de film. Et je suis en tournée jusqu'en juillet… Ensuite, je vais jouer avec des musiciens : bassistes, guitaristes. Comme un groupe de rock. Je veux ce genre de sons. J'ai essayé l'an dernier d'intégrer un guitariste, ça n'a pas marché.   

Vous écoutez les groupes français ?

Oui. Daft Punk, Phoenix, le disco, Sébastien Tellier… Je pense que la France a une esthétique unique.  Ca m'attriste que le rap français n'ait pas ce rayonnement. Et puis je préfère quand les artistes chantent en français. 

Vous aimez Sufjan Stevens ?

J'aime toute sa musique mais je n'ai jamais vraiment été passionné par lui. J'essaie de m'en détacher, d'un point de vue artistique. Mais son The Age of Adz m'a littéralement tué. C'est génial. Il a réduit tout ce qu'il avait fait avant en cendres. C'est un de mes disques préférés. D'ailleurs, j'ai joué avec lui en Australie. Les gens voulaient écouter "Chicago", ignorant à quel point ses nouveaux morceaux sont beaux. 
Est-ce que vous aimez la scène ? Ce n'est pas vraiment flagrant quand on vous voit jouer…

Si si, j'aime. Je sais que jouer du violon n'est pas aussi attirant que faire de la guitare. Quand tu joues de la guitare, tu es forcément bien monté ! Le violon, mouais.
Le concert de ce soir m'a plu, mais j'étais très nerveux. Les Français m'intimident. C'est une phobie, non ? 

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